Apolline de la Ploufletter, analyse la tendance du retour à l’analogique et interroge sa place face au « c’était mieux avant » ambiant, à l’esthétique old money, à la trend trad wife, en resituant le contexte du vent conservateur qui souffle de plus en plus fort depuis plusieurs années.
Elle met en avant que ce retour à l’analogique – et sa documentation – nécessite des privilèges (temps, argent, culture) -> « pouvoir performer sa déconnexion ».
Elle appuie aussi sur le côté potentiellement classiste de la démarche : ce qui serait légitime ce serait l’écriture papier, la collection d’art, la culture du support physique, du livre, du musée vs ce qui serait illégitime car plus populaire, numérique, etc.
« Et plus je barbote dans le sujet, plus j’ai la sensation qu’exprimer cette volonté de s’extraire du digital, c’est, en creux, défendre cette segmentation culturelle. »
- Full-analog = le vrai luxe
Appoline évoque les Snail Mail club, le journaling, les Pinterest Predicts 2026 : Pen pals « club courrier », Poet Core « La vie en prose » : courrier papier, manuscrit, zines, tampons, etc. Tendance qu’on retrouve pas mal dans les brandings aussi depuis le début de l’année.
Nostalgie des millenials et le besoin de reprendre le contrôle sur notre attention : elle évoque le retour des BlackBerry, du no-phone et des dumb phones.
- Tendance esthétique du moment : l’éditorialité (style édito) avec le retour aux matières (papier, calque, classeurs, pochettes), à la nature morte lifestyl’isée, au graphisme et mises en pages qui font « magazine papier », par exemple sur les posts Instagram ou déjà dans les campagnes de la rentrée 2026, surtout centrée sur le retour au bureau, avec une vibe inspirée de la série Severance, des design très 80’s/90’s, avec des photocopieurs, des piles de papier, des aggrafeuses,etc.
- Ce n’est pas hyper nouveau, on l’a vu émerger depuis plusieurs années, avec le boom du Bullet Journal, la promotion du journaling comme maitre mot d’un business qui réussit, etc.
Appolline pointe la dissonance cognitive de cette tendance du digital détox, entre la volonté de s’extraire des plateformes, de retourner à la matérialité, de quitter les écrans et le faire (ou le performer, ou le promouvoir voir le marchander) depuis les réseaux sociaux ou des communautés en ligne : on proclame en ligne qu’on tient un journal, on annonce en ligne qu’on travaille la matière, le papier etc. -> Ces loisirs n’existeraient pas sans les réseaux sociaux, « si ce n’est pas visible et diffusé, ca n’existe pas ».
- La digital detox/le full-analog comme nouveau marqueur de distanciation, d’élévation sociale, de richesse ?
- Est-ce que le retour à l’analogique, c’est faire l’autruche ?
- Qui a le pouvoir de s’extraire des plateforme ? Qui à l’opportunité de cette déconnexion ? Qui a l’occasion de couper ses écrans ?
- Déconnexion comme enjeu politique ?