Dans Go Quietly Public on the Internet, Carolyn Yoo évoque sa méthode pour retrouver un Internet plus vivant, fait par un humain pour des humains.
Internet est une source de fatigue, de stress. C’est un espace violent, où l’échange et le partage n’ont plus vraiment leur place publiquement. Un espace qui n’appartient plus à ceux qui le font vivre, mais à de grosses entreprises (qui ne souhaitent ni notre réussite ni notre bonheur).
Internet est devenu un (mauvais) fast-food dans lequel on passe pour consommer vite, montrer qu’on existe d’une certaine manière, sans jamais s’arrêter, se poser ou profiter de l’instant. Il est devenu impossible de s’écouter, majoritairement à cause du bruit.
Et ce fast-food est de plus en plus déserté.
Carolyn Yoo fait le même constat. Elle cherche donc, elle aussi, un espace de partage plus intimiste, plus doux, plus discret et surtout moins violent. Un lieu qui lui permettrait d’être plus facilement elle-même où elle n’a pas à trancher entre ses différentes facettes, sans se perdre sur les réseaux sociaux.
Elle appelle ça le “quietly public”, en opposition au “loudly public” : les vidéos face camera, la course à la performance, les stories tout au long de la journée, les contenus sponsorisés, etc.
Elle se remémore les tout débuts d’internet, époque où elle pouvait simplement partager des idées en vrac, à la volée, sans qu’elles soient nécessairement terminées.
De cette nostalgie elle développe un système :
→ un système pour se protéger soi et son attention
→ un système sans performance de l’authenticité, mais plus sincère.
→ un système qui laisse place à l’expérimentation : brouillons, essais, esquisses, bizarreries y trouveraient leur place (“own your weird”)
→ un système qui permet de définir intentionnellement ce qui relève du social media, de l’interaction sociale, de la communauté
→ un espace numérique confortable qu’elle possède vraiment.
C’est ce qu’elle a trouvé à travers le Digital Garden.
Elle y partage publiquement des bribes de pensées, dans un espace clos, maitrisé, qui lui appartient. Ses visiteurs découvrent son jardin et sont invités à revenir par le biais d’une newsletter sous forme de notification.
Et quand elle a quelque chose à dire qui dépasse la simple idée, quelque chose qui doit être partagé, qui doit être su, mis en avant, elle va sur les réseaux sociaux : un usage ponctuel, ciblé, suivi d’un retrait, plutôt qu’une présence continue éreintante.
Elle ne quitte pas complètement le web des plateformes. Réseaux sociaux ≠ tout internet ≠ tout le monde réel. Elle s’en protège en privilégiant ce que Maggie Appleton nomme le Cozy Web : communautés thématiques, réseaux privés, forums, wiki personnels, évènements numériques en petits comités, etc. La découverte, les connexions s’y font naturellement, par intérêts communs, et non plus par un obscur algorithme.
Elle encourage les créatif·ves ( en particulier les plus timides) à habiter ces nouveaux espaces et à les rendre désirables :
- créer un environnement cosy qu’iels auront plaisir à occuper
- proposer une carte de navigation, différents points d’accès
- décentrer la persona publique et le « output » fini et se laisser la liberté de ne montrer que ce qu’on a envie – individuellement – de partager
Le “Quietly Public”, exister publiquement sur internet à voix basse, être discret en ligne, c’est faire de la place à la timidité, au temp long et à la construction de sa pensée plutôt qu’à la consommation immédiate. Sur les réseaux (toutes les plateformes basées sur des algorithmes), il faut savoir se vendre, s’exposer avec assurance, être régulière. Le concept du quietly public, par le biais du digital garden, inverse cette logique. On peut y déposer une pensée avant d’en être soi-même convaincue, la laisser reposer, la reprendre trois mois plus tard, et la croiser avec d’autres… Une forme de build in public, mais de la pensée elle-même…